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La protection du climat face à la crise COVID-19

Mis à jour : oct. 12

Pourquoi la crise Covid-19 pourrait rendre nuls les efforts à sauver le climat. Et pourquoi constitue-t-elle une opportunité à engager une transition profonde.


Par : Stefanie Sohm


La crise Covid-19 nous a mis dans une situation sans précédent : elle impose aux pouvoirs publics de prendre des décisions drastiques qui impactent notre vie quotidienne comme nous ne l’avons jamais vécu. Les industries souffrent à la fois d’une baisse de demande, des marchés financiers en chute, et des chaînes de valeur interrompues.


Dans toute cette misère, nous avons pu constater comment le niveau des émissions a plongé. En Chine, les émissions de CO2 ont baissé de 25% depuis le début de la crise. En Italie, les émissions en NO2 (dioxyde d'azote, un polluant produit principalement par le transport à combustion d’énergies fossiles) ont chuté de 10% par semaine pendant le dernier mois. Toutes les villes autour de la planète connaissent une nette amélioration de la qualité de l’air pendant les confinements. Ceci nous rappelle les effets environnementaux et climat de l’activité humaine en temps “normaux”.


Pour atténuer les impacts de la crise corona sur l’économie et les marchés de l’emploi, les parties négocient actuellement les mesures à adopter et les aides financières à accorder. Les voix se regroupent dans deux camps opposés par rapport à une question centrale : est-ce que la crise économique devrait nous pousser à affaiblir les mesures de protection du climat ? Où devrait-elle nous pousser à la saisir comme opportunité pour entamer une transition plus profonde ?


Plusieurs décideurs ont déclaré la semaine dernière, qu’on devait mettre en suspension, voire abandonner, des mesures “vertes” – telle que la réglementation environnementale existante pour les industries polluantes, le Green Deal adopté par l’UE en début de l’année, le marché carbone européen, les standards d’émissions à venir pour l’industrie automobile, les taxes environnementales programmées pour l’aviation et ainsi de suite. Dans ces temps difficiles, ont devrait se focaliser sur le sauvetage de l’économie qui est menacée par une récession prolongée, pire que celle subie après la crise financière de 2008, disent-ils. Les investisseurs publics et privés auraient besoin de plus de souplesse pour redresser leurs activités et baisser leurs coûts.


Parlant de coût: avec la baisse des activités humaines, le prix du baril de pétrole s’est vu chuter pour se retrouver à 27 USD – à la moitié du prix en février.


L’autre camp regroupe ceux qui voient une dilution des mesures de réduction des émissions comme un danger sévère pour la stabilité de nos économies à long terme. La suspension des actions climat mettrait non seulement en question la crédibilité des gouvernements d’affronter le changement climatique. Elle défavoriserait considérablement les solutions propres existantes et en cours de développement. Tous ceux qui ont investi dans la production d’énergies à sources renouvelables, dans les moyens de transport à zéro ou basses émissions, dans des procédés industriels propres verraient leurs avantages compétitifs enlevés et leurs investissements à zéro valeur-ajoutée. Sans oublier les fonds publics qui ont été orientés vers les actions climat.


Au lieu d’affaiblir les conditions cadres d’une économie sobre en carbone, la crise Covid peut être vue comme une opportunité pour renforcer la protection du climat et la durabilité de nos économies: les aides accordées aux industries - comme p.ex. les 50 milliards USD pour le secteur de l’aviation - devraient être conditionnées par des obligations à atténuer davantage les futures émissions. Le prix bas du pétrole ouvre la possibilité de décompenser les énergies fossiles – qui, d’ailleurs, profitent de plus de 5 billions USD par an au niveau global – sans que les effets initiaux soit ressentis. La possibilité de bénéficier de fonds à taux d’intérêt bas devrait être accompagnée par des garanties des Etats à investir maintenant dans de grands projets à production d’énergie propre.


Actuellement, il n’est pas clair lequel des deux camps aura le dernier mot. Mais une chose est sûre: les mesures de stimulation de l’économie que conçoivent les gouvernements actuellement sont du jamais vu. Ce serait la plus grande opportunité ratée si les billions mobilisés autour de la planète nous faisaient reculer au lieu d'avancer. Affaiblir les actions climat pour supposément remédier aux impacts économiques de la crise Covid-19 alourdirait une autre crise plus existentielle dans le long terme – celle du changement climatique.


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