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Les inspirations d’un trois roues.

Mis à jour : 28 janv. 2019

Auteur: Stefanie SOHM



Après 97 jours et 12 pays, l’équipe marocaine arrive à Canton en Chine. Leur moyen de transport : un vélo tandem, auto-construction, équipé avec un moteur solaire. Les voyageurs : Youssef Elhaouass et son ami Mohamed, à mobilité réduite. Les deux ont participé au concours Sun Trip qui a fait son départ en France en Septembre dernier. Ils sont arrivés premiers dans la catégorie « auto-construction ».

Je leur félicite pour avoir réussi cet aventure - et pour avoir démontré comment on conçoit un vélo qui transporte deux personnes et leurs bagages, à assistance électrique et adapté aux besoins d’une personne à mobilité réduite. Ils méritent d’être applaudis entant qu’aventuriers, sportifs et inventeurs. Mais leur histoire mérite aussi qu’on prenne un moment pour refléter quelques éléments de ce voyage particulier dans le contexte général de notre mobilité :


Ils se sont déplacés en vélo. Quand je parle à des amis, pratiquement tous trouvent que se déplacer à vélo aurait beaucoup d’avantages : c’est plus sain, plus économique, plus écologique et, en ville, souvent plus rapide que la voiture. Lors de nos recherches dans le cadre du projet Feuille de Route pour une Mobilité Durable, 85% des sondés ont dit qu’on devrait promouvoir le vélo comme mode de transport, que le vélo devrait avoir sa place dans une mobilité urbaine durable.


Pourtant, si on regarde nos rues, le vélo reste un mode de transport écarté, plutôt un choix obligatoire pour ceux qui ne peuvent pas se permettre un véhicule motorisé. Nos sondés voyaient le vélo et la marche à pieds les modes les plus lésés par un manque d’espaces adéquats et une faible sécurité routière. L’exposition à un air pollué s’y ajoute.


Pour accorder au vélo sa place légitime comme composante d’une mobilité urbaine durable, on doit créer les espaces adéquats, renforcer la sécurité routière et améliorer la qualité de l’air. (Évidemment, faciliter l’utilisation du vélo n’est qu’une des multiples raisons pour adopter ces trois actions). Imaginons une ville où nous utilisons tous les modes actifs, le transport public ou des modes partagés : les routes occuperaient moins d’espace et seraient moins congestionnées ; l’air serait plus propre ; les accidents seraient beaucoup moins fréquents. Qui ne voudrait pas vivre dans cette ville ?

Revenons à l’histoire de Youssef : Une personne à mobilité réduite était mobile. Malgré les avertissements, qu’il sera difficile de faire le trajet avec quelqu’un qui n’a pas les capacités physiques « normales », Youssef tenait à réaliser cette expérience avec son ami. Et puisque changer d’ami n’était pas opportun, il a décidé de plutôt changer son vélo. Ceci reflète parfaitement le principe d’une mobilité inclusive qui permet à tous, indépendamment de leur profil, d’être mobile. On considère souvent à tort, que la mobilité réduite est quelque chose inhérente à la personne ; en réalité, elle n’est qu’une conséquence d’un environnement mal adapté à ses besoins particuliers. Éventuellement, nous considérons à tort que la mobilité réduite concerne seulement une très petite partie de la population. En réalité, elle concerne une bonne partie entre nous. Qu’elle soit d'ordre physique, auditif, visuel ou cognitif, de façon permanente, temporaire, liée à l’âge ou simplement situationnelle, comme p.ex. les personnes accompagnées par des enfants en bas âge ou des personnes avec des affaires lourdes ou encombrantes. Pour permettre une mobilité à tous, les espaces doivent être praticables, le transport public utilisable et complété par des services auxiliaires. En Europe, les statistiques indiquent que plus d’un tiers de la population est concerné de la mobilité réduite et j’ose estimer qu’au Maroc, le taux est au moins de la même importance. Qui ne voudrait pas que ce tiers de sa famille et ses amis soit aussi mobile ?


Last but not least, le vélo de Youssef était une construction locale. Certes, c’est un prototype, un outil de sport et d’aventuriers. Mais, conçu est construit au Maroc. Les vélos cargo à assistance sont en évolution dans les pays industrialisés – avec une adaptation aux conditions des routes – ont un potentiel important dans les pays du Sud global . Ils font partie de toute une gamme de produits, technologies et services en émergence : la « nouvelle mobilité », à base de nouvelles technologies, s’appuyant sur des plateformes de données et intégrant la micro-mobilité - les voitures (électriques, bien évidemment) pour une personne jusqu’à la trottinette. L’adoption progressive de la nouvelle mobilité vient avec des opportunités pour la création d’industries qui peuvent servir le marché local aussi bien que le marché international. Il est maintenant question de saisir ces opportunités et faire du marché local un fournisseur et un client pour les nouvelles formes de mobilité. Qui ne voudrait pas voir émerger au Maroc une nouvelle industrie de mobilité ?


Merci Youssef et Mohamed, pour votre inspiration.

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