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T4<2° : 10 conclusions clés pour un transport durable et décarboné

Auteur : Stefanie Sohm

Source de l'image : Agora Verkehrswende

Le secteur des transports est aujourd'hui la source d'émissions de gaz à effet de serre qui connaît la croissance la plus rapide. Avec son utilisation quasi exclusive de combustibles fossiles, le transport représente environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à la consommation d‘énergie. Sans plus d’efforts d'atténuation à l'échelle mondiale, le secteur n’atteindra pas les objectifs de l'Accord de Paris.


Quand et comment le secteur des transports pourra être décarboné? Ces questions ont été adressées dans l’étude T4<2° ”transport pour au-dessous de 2 degré“ mandatée par le Ministère fédéral des Affaires étrangères de l’Allemagne et réalisée par l’Agence allemande de la coopération internationale GIZ, l’Agora Verkehrswende, le think tank allemand pour la transformation du transport ainsi que le WEF, le Forum Économique Mondial.


J’ai eu l’honneur d’être parmi les auteurs du rapport T4<2° qui analyse et synthétise les résultats d’une étude delphi pionnière avec 348 experts de 56 pays. Les travaux ont été présenté au public le 8 octobre 2020.


Les 10 conclusions clés qui en ressortent :


  1. La décarbonation des transports exige plus d’ambition pour atteindre l’Accord de Paris : la décarbonation du transport doit avoir lieu d'ici 2050, comme le montrent les projections. Cela signifie que le niveau d'ambition actuel doit être relevé. Les experts estiment que les pays industrialisés et ceux en voie de développement devraient travailler sur la même ligne de temps, tout en adaptant leurs actions aux contextes nationaux. Les experts interrogés ne s'attendent pas à ce que la transformation ralentisse la croissance économique - au contraire, ils estiment qu'elle créera plus d'emplois. Afin de garantir que le secteur des transports contribue efficacement au développement durable global, sa décarbonation doit être accompagnée de politiques favorables à la réduction des disparités sociales et au développement au niveau mondial.

  2. L'énergie, les transports et le commerce nécessitent une gouvernance internationale plus cohérente et coordonnée : Selon les experts interrogés, ces trois secteurs ont besoin d'être mieux intégrés au niveau international pour parvenir à la décarbonation des transports. Alors que le secteur de l'énergie devra fournir suffisamment d'énergies renouvelables pour le secteur des transports, la gouvernance du secteur commercial devra fournir les cadres nécessaires à l'instauration de conditions équitables et la réduction de la demande globale de transport. Dans ce cadre, la gouvernance internationale devrait s'efforcer de mettre en place des politiques coordonnées et cohérentes en matière de réduction des émissions et de technologies à faible intensité carbone. Selon les experts, l'Union européenne (UE), en tant qu’organisation internationale, jouera un rôle de premier plan pour faire avancer cette coordination.

  3. L'électricité solaire et éolienne sera le principal vecteur d’énergie : Les experts s'accordent à dire que le secteur des transports devra principalement s’alimenter par de l'électricité produite à partir de sources d'énergie renouvelables. Pour le transport terrestre de passagers et de marchandises, l’utilisation directe d’électricité provenant de sources renouvelables sera le principal vecteur d'énergie. Si des vecteurs alternatifs et à bas carbone sont pour bientôt attendus dans le transport maritime , l'aviation exigera des efforts considérables afin de pouvoir remplacer les vecteurs d'énergie fossile par les carburants synthétiques basés sur les énergies renouvelables. L'expansion de la production d'électricité à partir d'énergie éolienne et solaire est indispensable et doit être accélérée pour soutenir la transformation des transports.

  4. Les transports publics, la mobilité active et la planification des villes seront l'épine dorsale de la mobilité urbaine durable. Par conséquent, les investissements dans les transports publics ainsi que la promotion de modes actifs comme le vélo et la marche à pieds doivent devenir la priorité des politiques en mobilité urbaine. Pour limiter l’utilisation individuelle des voitures, des politiques pour promouvoir le partage et la mise en commun sont nécessaires. La planification urbaine est essentielle pour, en premier lieu, réduire la demande de transport et poser les conditions préalables à des systèmes de mobilité efficaces et équitables.

  5. Les technologies de propulsion alternatives et les nouvelles options de mobilité requièrent une attention particulière dans les zones rurales. Alors que les zones rurales des pays développés sont fortement dépendantes de la voiture, les zones rurales dans les pays en voie de développement sont confrontées à un manque considérable de mobilité. Selon les experts, les voitures continueront à jouer un rôle important dans le transport rural en 2050, et les technologies de propulsion alternatives seront cruciales pour y assurer une mobilité décarbonée. En même temps, il est nécessaire de trouver d’autres solutions en mobilité qui réduisent la dépendance à la voiture dans ces zones ainsi que les dépenses pour les nouvelles infrastructures et qui favorisent les systèmes de mobilité au soutien à la décarbonation et à l'égalité d'accès.

  6. La digitalisation et les véhicules autonomes AV nécessitent un cadre global pour soutenir la décarbonation. La majorité des experts estime que la digitalisation dispose d’un potentiel pour soutenir la réduction des émissions des GES, même si on s'attend à ce que celle-ci entraîne une augmentation importante de la demande d'énergie pour les besoins de traitement des données. La majorité des experts considère que les véhicules autonomes (AV) joueront un rôle important dans le transport routier de voyageurs, bien qu'ils voient aussi les effets potentiellement négatifs liés au déploiement des AV, comme l’étalement urbain, l'augmentation des volumes de transport ainsi que de la demande d'énergie. Pour cela, l'exploitation du potentiel de la digitalisation doit être soumise à une gouvernance internationale apte à limiter les effets collatéraux indésirables.

  7. Pour réussir la transition structurelle dans l'industrie automobile et pétrolière, les efforts politiques doivent être rehaussés. Les intérêts des industries - en particulier automobile et pétrolière - sont de loin le plus grand défi à la décarbonation du secteur des transports, comme le révèle l'étude. La tâche essentielle des décideurs politiques est de soutenir activement la transition structurelle de ces industries.

  8. Les pays avec de grandes industries automobiles et pétrolières, avec un poids économique et du pouvoir politique doivent jouer un rôle clé dans la décarbonation des transports. Selon les experts, la Chine, les États-Unis, l'Allemagne, l'Inde et l'UE sont les principaux acteurs de la transition du transport. Alors que les pays sans ressources pétrolières fossiles bénéficieraient grandement de la décarbonation des transports, ceux qui dépendent fortement des exportations de combustibles fossiles ou de l'industrie automobile doivent passer par une transition structurelle de leurs économies afin de garantir leur compétitivité sur le marché à long terme. Cela concerne surtout la Russie, l'Arabie Saoudite et les États-Unis, mais aussi la Chine et l'Allemagne. En outre, les experts soulignent qu'un déplacement de la demande des combustibles fossiles vers des métaux et des terres rares nécessaires à l'électrification du secteur - tels que le cobalt ou le lithium – n’augmentera pas forcément le risque de conflits géopolitiques liés à la répartition des ressources.

  9. Les nouvelles technologies et solutions de mobilité n'atteindront leur plein potentiel de décarbonation que si elles sont accompagnées par un changement de comportement de mobilité. Un manque de technologie adaptée ne devrait pas constituer un défi à la décarbonation. Mais son succès dépendra avant tout de la façon avec laquelle ces technologies seront adoptées. La plupart des experts suggèrent que les décideurs politiques devraient se concentrer davantage sur la réglementation des comportements en plus de la réglementation des technologies.

  10. Une réglementation efficace et nécessaire pour garantir la sécurité des investissements publics et privés à long terme : L'absence d’une réglementation effective a été identifiée comme le deuxième plus grand défi à la transformation des transports, après celui des intérêts des industries automobile et pétrolière. La tarification du carburant et une élimination progressive des véhicules à moteur à combustion sont considérées comme les mesures les plus efficaces pour soutenir la décarbonation des transports. Certes, une telle réglementation doit être accompagnée par des investissements incitatifs, notamment dans les transports publics. Les experts s'attendent à ce que des fonds suffisants soient disponibles pour la transformation du secteur des transports, mais qu’une combinaison de capitaux publics et privés devra être levée. Pour ce faire, les gouvernements nationaux et locaux doivent dresser un cadre attractif pour attirer des investisseurs privés dans le domaine de la mobilité durable. La réorientation des fonds publics actuellement consacrés aux subventions des combustibles fossiles est aussi urgente que l'approvisionnement des villes avec une plus grande autonomie financière, et le soutien aux pays en voie de développement avec des prêts basés sur des politiques durables.


Plus d’informations sur le projet sur www.t4under2.org. Le rapport en version anglais et disponible dans notre médiathèque.


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